GENTIL-LAMY : quelle crédibilité pour la justice ?

Par Michel Engelmann,

Les magistrats se réveillent face aux « injures » dont ils estiment faire les frais.

En premier lieu, à seigneur tout honneur, le député UMP Henri Guaino. Poursuivi pour ses attaques contre le juge d’instruction Jean-Michel Gentil, en 2013, après la mise en examen de Nicolas Sarkozy, il a été relaxé jeudi 27 novembre XX par le tribunal correctionnel de Paris. Suite à la mise en examen de Nicolas Sarkozy pour « abus de faiblesse » au préjudice de la milliardaire Liliane Bettencourt le député avait multiplié les attaques contre le magistrat. Il l’avait tout particulièrement accusé d’avoir « déshonoré la justice ».

L’enquête confiée à la Brigade de répression de la délinquance sur la personne faisait suite à une plainte de l’Union syndicale des magistrats pour « outrage à magistrat et discrédit jeté sur une décision de justice ».  Le député avait reçu immédiatement le soutien de 105 députés de son parti. Ils s’étonnaient de la décision d’ouvrir une enquête et reprenaient en cœur ses propos.

Alors que le parquet avait requis une amende de 3000 euros, le tribunal estimait que, s’agissant de propos tenus par un parlementaire sur un sujet d’intérêt général, les limites admissibles de la liberté d’expression n’avaient pas été dépassées.
L’ancienne plume de l’ancien président répondait:
« Ce jugement honore la justice ».

« Je ne peux que remercier le tribunal d’avoir rendu la justice et reconnu la liberté d’expression des parlementaires qui est un élément absolument essentiel du bon fonctionnement d’une démocratie ».

Aujourd’hui c’est au tour de Madame la Procureure de la République de Nantes qui porte plainte pour injure publique après la publication sur internet d’un tract la mettant en scène avec la mention:

« Protège les policiers qui blessent et mutilent »

Le tract a été publié après que le parquet de Nantes ai classé sans suite six plaintes contre X déposées par des manifestants, en février 2014 à Nantes, suite à une manifestation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Trois de ces plaintes émanaient de jeunes qui avaient perdu un œil après avoir été blessés par des projectiles suite à des tirs de Flashball. L’enquête de l’Inspection générale de la police nationale avait été conduite et Mme Lamy avait indiqué que les investigations  :

« n’avaient pu établir les circonstances dans lesquelles les blessures ont été causées ». Elle avait parlé « d’infractions non caractérisées ».

Est-ce que le tribunal jugera que s’agissant de propos tenus par des citoyens sur un sujet d’ordre général les limites admissibles de la liberté d’expression n’ont pas été dépassées ?

Cela parait peu probable même si en l’occurrence le devoir de la justice est bien de retrouver les coupables sachant que les porteurs de ces armes sont identifiables.

La plaidoirie de la défense aura matière à débat.

 

 

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