GARDE A VUE : quand la palabre continue on apprend enfin des choses !

Par  Michel Engelmann 

Tout le monde y va désormais de ses commentaires. Madame la Ministre penchait pour 5 ans, Monsieur le Secrétaire d’Etat craint de passer à « deux vitesses » et le « Professeur », désormais assis à l’occident des choses, veut sortir par le haut de cet imbroglio. Heureusement que nos policiers se sont mis à réfléchir et enfin à « causer », eux qui font les choses. Il y a quand même une question urgente: à quoi ça a bien pu servir que nos sénateurs se soient décarcassés ?

Avant toute autre chose Madame la Ministre reconnaissait (enfin) qu’il y avait trop de Gardes à Vue chez nous. Ouf ! « L’autorité qui fait les lois » rejoignait enfin le consensus de ceux qui les subissent. 900000 ça fait vraiment beaucoup.

N’ayant pas achevé la lecture du rapport des sénateurs, ou l’ayant lu trop vite, elle proposait que la GAV soit applicable aux délits passibles de peines de 5 ans de prison. Elle se rattrapait ensuite en proposant « une retenue judiciaire », sorte de piquet issue de l’ancien système scolaire désigné sous le terme « d’audition libre ». Rien de tout cela ne convenait aux avocats qui le faisaient savoir immédiatement alors qu’ils continuaient à revendiquer une présence dès la première heure.

Le Secrétaire d’Etat à la Justice, aussi proche que possible de sa Ministre de toute évidence, faisait part de ses inquiétudes avec délicatesse. Il y prenait beaucoup de soin, car chez ces gens là personne n’aime parler gros sous. Personne n’avait imaginé que la présence d’un avocat dès le début de la GAV puisse être payante. Et bien si ! C’est ainsi que 900000 GAV à 400 Euros la séance ça fait exactement 360 Millions d’Euros. Comme le Secrétaire d’Etat à la Justice n’osait pas trop déplaire à sa Ministre il laissait à entendre que la GAV pourrait comporter plus d’une audition. D’où le chiffre de 600 Millions qu’il susurrait, même si on réduisait le nombre des GAV aux « acquêts », maintenant que Madame la Ministre avait pris conscience qu’il y en avait de trop.

Certains osaient dire que le chiffre de 900000 pouvait être dû à la nomination en tant qu’OPJ de Gendarmes et Gardiens de la Paix sans qualification. Est-ce chose possible ?

D’autres faisaient remarquer que certains délinquants pourraient ainsi rester en liberté malgré de régulières récidives ! Jamais en « tête à tête » donc jamais pris.

D’autres annonçaient encore que de fait les GAV se passent toujours bien alors pourquoi changer le système ?

Personne ne sait vraiment au bout du compte quel pourcentage de ces 900000 revient aux décisions des policiers et à celles des magistrats. Donc personne ne sait dire aujourd’hui qui a poussé les choses un peu loin. On voudrait bien savoir, pas parce qu’il y a eu faute mais tout simplement par ce qu’il a eu « erreur ».

Personne ne cherche non plus à savoir si la définition française de la GAV n’a pas facilité quelques débordements : « garder à sa disposition toute personne à l’encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenter de commettre une infraction ».  Est-il plausible de soupçonner que quelqu’un peut tenter de commettre une infraction ? Chacun de nous est dans ce cas là, n’est-il pas ?

Pour Madame la Ministre prendre une décision sera comme plâtrer le corps pour soigner une entorse.

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