SALUT LE CARRIER – De la pratique de la Justice et du profane.

Par Yves Dumas

Le 07 septembre 2009 j’étais présent au Palais de Justice de Tours ou j’ai eu le plaisir de rencontrer le « Carrier » qui, comme moi, accompagnait un « jeune prévenu ».

Alors que nous faisions rapidement connaissance nous constations que nous étions presque du même âge, que nous avions grandi dans deux villes voisines de la vallée de l’Indre et que nous avions « migré » hors de la Touraine pour y revenir en fin de compte.

La cour nous mis en « récréation » tard dans la soirée. C’est à ce moment là que nous nous sommes rencontrés. Pour tout dire nous étions un peu sonné par ce que nous venions de vivre.

Le « rituel » de la soirée était bien en place. On annonça : « Débout, la Cour! » et, comme un seul homme, prévenus compris, nous nous sommes mis debout. Le président présidait, l’avocat général « requérait » pour dans le but de « protéger la société » et les prévenus répondaient aux questions qui leurs étaient posées. Tout était parfait. Rien de différent de ce que j’avais pu voir par ailleurs et tout particulièrement au fameux tribunal de Bobigny tant décrié par certains journalistes* comme « la bombe à retardement » pour la Justice A vrai dire je ne voyais aucune différence dans le comportement de ces jeunes de Bobigny qui bien que ne niant pas les viols dont ils étaient accusés trouvaient ceux-ci normaux, car la « victime » ne s’y était pas opposée selon eux, et celui des deux « papis » qui, accusés d’attouchement sur une jeune fille, ne comprenaient pas que ce qu’ils avaient fait soit vraiment grave car la belle en plus d’être jeune « n’était pas farouche ». Dans l’horreur les prévenus sont peu différents, qu’ils soient de Bobigny ou de Tours.

A Tours on faisait plutôt dans le costume – cravate, pas de verlan, pas dans la casquette à l’envers et pas dans la bande de la cité d’à côté. On faisait plus dans le respect provincial. J’étais près à parier que le « carrier » comme moi serait costume – cravate à Tours comme à Bobigny de toute façon.

Après l’installation des juges le président prenait de main ferme la conduite de l’audience. « L’égrégore » judiciaire s’installait, indispensable à la sérénité de l’audience. Elle était comme toujours influencée par la solennité des lieux mais surtout par le rituel de l’instruction. Je n’ai pas vu de différence fondamentale entre les deux audiences, celle de Tours et celle de Bobigny, jusqu’au moment où le comportement du Président troubla l’ordre des choses. C’était à Tours. En saluant ostensiblement de la main quelques nouveaux « conseils » entrant par une porte dérobée il rompait l’harmonie des lieux et faisait subitement chavirer la salle d’audience dans le monde « profane ». C’était là chose surprenante qui donnait un parfum étrange à cette pratique de la Justice. Cette attitude troublait la sérénité des débats en donnant le sentiment que ce qui se passait ici était un banal fait divers entre « copains » et non plus un fait de Justice.

La brave journaliste présente n’y prêtait pas attention. Elle était certainement habituée des lieux et de ses pratiques. Il n’était pas même certain qu’elle ait, à un moment où à un autre de son activité professionnelle, noté cette caractéristique du comportement du directeur des travaux qui rend la pratique de la Justice étrange aux yeux des passants.

* Justice, la bombe à retardement. Dans les coulisses du tribunal de Bobigny – Oilivia Recasens, Jean Michel Décugis et Christophe Labbé, édition Robert Laffont


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