Bobigny : il a cassé le job pour 10 ans !

BobignyPar Michel Engelmann

Ces propos attribués au chef de l’Etat au sujet du comportement de son Ministre de l’Intérieur résonnent de nouveau de façon étrange après les récents événements de Bobigny. Et si le tort de Monsieur le Ministre était de dire tout haut ce que certains de ses prédécesseurs disaient devoir faire tout en faisant le contraire de ce qu’ils disaient

Rapide comme l’éclair le ministre de l’Intérieur apporte son soutien aux  sept policiers condamnés à de la prison ferme et pour 5 d’entre eux radiés de la Police.

Les syndicats policiers ont ouvertement mis en cause les magistrats de Bobigny, qu’ils accusent de laxisme : « Ce tribunal est connu pour receler les pires idéologues de la culture de l’excuse quand il s’agit de remettre dehors à tour de bras les trafiquants de stupéfiants, braqueurs, auteurs de tentatives d’homicide, etc.», déclarait sans surprise le représentant de Synergie-Officiers.

Le Ministre en rajoutait une couche samedi devant le conseil national politique de l’UMP : « Le métier de policier, de gendarme, de sapeur pompiers, ce n’est pas un métier comme les autres. C’est un métier où il arrive quotidiennement de risquer sa vie, et je me réjouis de la décision du parquet de faire appel de ce jugement ». Le Parquet aux ordres du gouvernement avait-il d’autres choix pour que chacun garde son poste au chaud ?

« Que le ministre de l’Intérieur soutienne des policiers condamnés pour des faits particulièrement graves, c’est ahurissant », déclarait le président de l’Union Syndicale des Magistrats. Il rappelait que l’homme dénoncé à tort par les policiers encourait la perpétuité si le mensonge n’avait pas été dévoilé. « Ce qui me désole, c’est qu’on renforce une guerre police-justice qui n’a pas lieud’être », reprenait de son côté la présidente du Syndicat de la magistrature. Pour Unité SGP Police, qui met en avant « les difficultés (rencontrées par les policiers) dans l’exercice de leur travail» en Seine-Saint-Denis, «il est impossible de comprendre ce jugement ».

Le garde des Sceaux, Michel Mercier, refusait d’alimenter toute «polémique», ménageant la justice tout autant que la police : « Je ne vais pas commenter une procédure qui est en cours. On va attendre que la cour d’appel rende son arrêt » expliquait-il. « Je respecte les magistrats. Je sais simplement que travailler dans un département très difficile, que l’on soit policier ou juge, c’est extrêmement difficile. Il existe dans ce pays une chaîne pénale, (…) c’est la justice et la police. On a besoin de ces deux forces et si on tape sur un maillon de la chaîne pénale, c’est toute la chaîne qu’on affaiblit », a-t-il poursuivi, plaidant pour que «ces deux piliers de la République puissent travailler ensemble».

Dans un communiqué, les députés de Seine Saint Denis, Éric Raoult, Patrice Calméjance et Gérard Gaudron, et les sénateurs Philippe Dallier et Christian Demuynck « apportent tout leur soutien et leur solidarité aux policiers, au préfet (de Seine-Saint-Denis, Christian) Lambert, ainsi qu’au ministre de l’Intérieur qui, face à une délinquance de plus en plus violente, effectuent un travail efficace contre les délinquants et les trafiquants de drogue ». Ils expriment « leur étonnement vis-à-vis d’un jugement disproportionné ». « Le procureur avait demandé du sursis, les juges ont préféré des peines plus fortes allant jusque de la prison ferme », rappellent-ils. Personnes ne parle de radiations car c’est bien là que se situe le vrai problème. Condamné à la prison ferme ils sont radiés ; avec du sursis ils passent au travers des mailles du filet.

Les faits reprochés aux policiers sont pourtant particulièrement graves : ils ont été jugés coupables de « dénonciation calomnieuse » et « faux en écritures », après avoir voulu faire porter la responsabilité d’un accident provoqué par une voiture de police à un chauffeur qu’ils poursuivaient.

Ce dernier avait été placé en garde à vue pour tentative d’homicide sur fonctionnaire de police, un crime passible de la perpétuité. La version des policiers n’a pas tenu longtemps à l’examen des faits et ils ont reconnu les faits.

Il est bon de rappeler à nos élus que le “ faux en écriture publique ”, lorsqu’il est commis par une personne dépositaire de l’autorité publique agissant dans l’exercice de ses fonctions, est punissable d’une peine qui peut aller jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle et 225 000 euros d’amende (art. 441-4 du CP). On est loin du compte même si nos « politiciens » jugent la punition sévère.

On en aurait presque oublié les quelques propos à chaud du Préfet Lambert qui reprenait ceux de son Ministre en déclarant que ce jugement est incompréhensible dans un département où il y a autant de « multirécidivants ».

N’oublions pas que la France a été condamnée à plusieurs reprises pour « trop protéger sa Police ». Là est le cœur de cette polémique. A l’exception aujourd’hui encore du Ministre de la Justice qui use de son droit de réserve, une majorité de « politiciens » nous disent que du fait de la situation en Seine Saint Denis ils réclament l’acquittement des policiers qui ont violés leur serment par ce que ce département grouille de malfrats. Ils sont donc disposés, du Ministre de l’Intérieur au syndicaliste bon teint, à fermer les yeux sur des comportements ripoux et à envoyer un innocent en prison à perpétuité.

Le gouvernement semble récolter les fruits d’une politique de protection exagérée de la police qu’il utilise comme bras armé de sa politique sécuritaire. La contrepartie consiste bien à fermer les yeux sur tout type d’agissement aussi longtemps que les preuves ne sont pas irréfutables. Les policiers le sentent bien et se permettent aujourd’hui encore plus qu’hier de se montrer en force tant dans la rue que dans les tribunaux lors du jugement de leurs collègues.

Il a peut être cassé le Job pour plus de dix ans !

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