Tarnac et l’Internaute de Tours : crimes policiers et judiciaires. D’une manipulation d’Etat à une malversation provinciale.

CoupatPar Michel Engelmann

Dans un article daté du 03 septembre 2010 Erich Inciyan de Mediapart fait le point sur l’affaire Tarnac et la résume dans un titre éloquent : « Tarnac : la police antiterroriste avoue une « erreur et des distorsions ».

Dans la discrète affaire de l’Internaute de Tours c’est le juge lui-même qui conclut : « En l’état, sans qu’il soit besoin d’aller au fond du débat sur l’intention coupable et sur la matérialité de la détention de l’image, dans un domaine extrêmement délicat pour les libertés individuelles il est évident que les investigations présentent un caractère qui n’est pas incontestable techniquement et qui ouvre un espace de déstabilisation pour entrer sans faille en voie de condamnation ».

Qu’est ce qui, sur le fond, rapproche une affaire devenue affaire d’Etat d’une affaire provinciale ?

Deux réponses !

  • La détermination malveillante avec laquelle, sur « ordre », les deux affaires ont été traitées par les policiers.
  • L’obéissance et la volonté de certains magistrats d’aller jusqu’au bout des deux affaires.

La détermination malveillante des policiers :

Pour satisfaire une demande du pouvoir ou encore une vengeance personnelle des policiers n’ont pas hésités à « travestir » des informations.
Dans l’affaire de Tarnac, pour plaire au pouvoir en place, il fallait de toute évidence trouver le coupable des « attentats terroristes » contre la SNCF. La gente policière n’aura reculé devant rien comme le résume le journaliste de Mediapart. On commence tout d’abord par une « confusion » dans la transcription d’un horaire qui rend l’événement possible. On continue en signalant la présence d’un « individu piéton » sur la ligne ferroviaire à l’heure du sabotage. Comme cette information n’est pas recoupée entre les OPJ les policiers reconnaissent aujourd’hui une « distorsion de l’information ». Enfin il manquait l’arme du crime que les plongeurs de la marine n’avaient pu retrouver au fond du fleuve du fait de « fortes crues ». Imaginez-vous que quelques semaines plus tard on retrouve « les tubes … posés sur le sol, à l’horizontal, complétement découverts ».
Il ne faut pas oublier également ce que Mediapart signalait en 02 décembre 2009 : « … les policiers ont repris imprudemment à leur compte (les) «révélations» (d’un témoin sous X) dans la conclusion de leur rapport de synthèse. En effet, telles qu’elles y sont reproduites, les déclarations de l’informateur anonyme constituent à l’évidence un témoignage très à charge, prêtant notamment à Julien Coupat des intentions meurtrières. Leur mise en exergue était censée illustrer la «dérive brigadiste» dans laquelle le groupe de Tarnac se serait engagé, justifiant ainsi un peu plus l’application à son encontre de la procédure antiterroriste aujourd’hui tant contestée ».
Pour construire un coupable il n’aura pas fallu moins de 4 grosses malversations de la part les policiers, malversations qu’ils qualifient aujourd’hui d’ « erreur » et de « distorsions »

Dans l’affaire de l’Internaute de Tours, plus que vraisemblablement pour « venger » l’un des leurs, une affaire de pédopornographie sur Internet a été orchestrée de toute pièce par des policiers. Une procédure d’investigation bâclée, violée, et recommencée une seconde fois pour la seconde audience correctionnelle. Après avoir obtenu l’accès à toute l’information sur laquelle se basait l’accusation (2 ans après la saisie des disques durs) une expertise informatique est réalisée par un expert indépendant à la demande de l’Internaute. Elle montre que l’image à l’origine de toute cette affaire n’est pas sur ses disques durs et qu’aucune des 144 images que les policiers disent avoir retrouvées sur ses disques ne peut lui appartenir. L’expertise montre également que l’expert de la gendarmerie se parjure dans sa seconde expertise pour rendre le délit vraisemblable. Elle montre également que toutes les images sont issues de fichiers de la Police et de la Gendarmerie.
Pour construire un coupable il aura fallu que des manipulations soient réalisées sur le CD ROM des preuves, CD ROM auquel il était peu probable que le prévenu ait eu accès sauf à le demander, ce qu’il fit et obtint quelques jours seulement avant la première audience en correctionnelle.

L’obéissance ou la volonté de certains magistrats à aller jusqu’au bout des affaires :

Dans l’affaire de Tarnac le Juge et le Parquet considérèrent rapidement que le témoin sous X présenté avec conviction par les policiers était apparu rapidement peu crédible. Le ministère public prenait soin de ne jamais évoquer les déclarations de celui-ci. Cependant le mal était fait, la procédure était lancée, et les policiers reprenaient à leur compte ces «révélations» dans la conclusion de leur rapport de synthèse. Médiapart rapporte : « En effet, telles qu’elles y sont reproduites, les déclarations de l’informateur anonyme constituent à l’évidence un témoignage très à charge, prêtant notamment à Julien Coupat des intentions meurtrières. Leur mise en exergue était censée illustrer la «dérive brigadiste» dans laquelle le groupe de Tarnac se serait engagé, justifiant ainsi un peu plus l’application à son encontre de la procédure antiterroriste aujourd’hui tant contestée ». La pression était placée sur les épaules des magistrats et le cycle infernal commençait.
Le salut viendra de l’insistance de Mediapart et des amis des « brigadistes » à chercher la cohérence dans les informations recueillies dans le but de mettre à jour la vérité. Est-ce l’obéissance à la pression politique ou la volonté de ne pas désobéir qui aura marqué les décisions des magistrats dans l’affaire de Tarnac ? Eux seuls le savent !

Dans l’affaire de l’Internaute de Tours il y a clairement la volonté de nuire de la part des policiers et de certains magistrats. Alors que le rapport d’enquête du Commissaire principal montre que la captation d’une image peut seule être retenue le Procureur Varin maintien la qualification de détention ou tentative de détention envers le prévenu. Ceci est d’autant plus édifiant que parallèlement, en interne au système judiciaire, hors de toute information du prévenu, il maintient la captation encore un an après la qualification par le policier. Le Procureur changera la prévention « officielle » à 5 reprises en 3 ans. La diffusion à l’origine de l’affaire sera abandonnée dès les premiers jours.
Aucune pression politique n’interférera avec cette affaire qui restera banale sauf pour le prévenu. La seule pression reposera sur les épaules du Juge Michaud, tant de la part des policiers que de celle de certains magistrats. Il sera promu quelques mois plus aux Affaires de la Sécurité Sociale, rejoint plus tard par le Juge de Maillard du TGI d’Orléans.

De l’argent comme dernier rempart de la justice :

Les deux affaires illustrent bien la dépendance des magistrats vis-à-vis d’un système innommable, quand ce système n’est pas lui-même utilisé par certains policiers ou magistrats pour mener à bien des actions « personnelles ». L’affaire Viguier, l’affaire Alègre et bien d’autres encore sont là pour rappeler ces tristes abus.

Dans les deux cas l’argent nécessaire aux investigations aura mis à bas le rempart derrière lequel policiers et magistrats voulaient protéger leurs actions, au nom de la justice. 

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