PHILIPPE BRIAND : décryptage d’un entretien.

Par Yves Dumas

La publication le 11 septembre 2014 dans l’Express d’un entretien avec Philippe Briand, entretien intitulé « Saint Cyr sur Loire – Le système Briand » est l’occasion pour nous d’en faire un décryptage.

BriandCe décryptage est d’autant plus opportun que son mentor revient lui-même en politique, ce qui ne saurait être qu’une coïncidence.

La personne :

Le journaliste nous décrit l’homme comme une personne joviale avec des talents de bateleur et d’ajouter qu’il n’est

« pas du genre à se faire remarquer dans les travées de l’hémicycle ou en salle de commission. »

Ces propos veulent certainement suggérer que le député Briand n’est pas homme à monter au pupitre pour y défendre ses idées ou encore tout simplement pour contribuer aux travaux législatifs qui constituent l’essentiel du travail d’un député. C’est d’ailleurs ce que nous rapporte en substance Benjamin Peyrel sans nommer l’auteur de ces propos :

“Je ne crois pas qu’élaborer la loi l’intéresse …”

C’est ce que confirme l’Observatoire citoyen de l’activité parlementaire qui note:

“ce député n’a déposé aucun rapport”

et

ce député n’a déposé aucune proposition de loi

Mais c’est oublier certains de ses comportements au cours de ces dernières années où l’on voyait le député tourangeau haranguer vivement, voire même énergiquement ou encore vertement, l’intervenant à la tribune du Palais Bourbon. Il sortait carrément de ses gonds mais n’en reste pas moins un député fantôme.

L’entretien n’aura pas abordé de questions trop personnelles. Cependant, à la question qui lui était posée sur son rapport à Dieu, il répondait:

« Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas. A défaut de croire en lui il me donne des raisons d’espérer »

Cette réponse très voltairienne devrait en surprendre plus d’un parmi ceux et celles qui le décrivent comme un catholique fervent. Est-ce là une posture électorale où une explication à ses liens étroits avec la passé maire de Tours, voltairien lui-même dans sa relation au grand architecte de l’univers ? Dieu seul le sait mais ne pourra donc lui répondre !

Un homme de réseaux:

Bien connu pour ses relations “amicales” avec son vieil ami du parti socialiste, Jean Germain, l’ancien maire de Tours, il est à se demander s’il ne choyait pas ainsi les réseaux maçonniques forts puissants et proches de ce dernier dans cette ville bourgeoise. A cela il faut ajouter les relations étroites avec certains magistrats, réseau qui s’entrecoupe fréquemment avec le précédant comme l’a suggéré un policier “fin connaisseur” de la ville dans une autre affaire  (voir Un JAF au pied de la Grue). Et comme cela s’ajoute à sa forte connexion avec le clergé tourangeau, relation suggérée par certains de ses proches, Monsieur le Président de la communauté d’agglomération a les mains sur deux grands réseaux locaux d’influence .

Et les élections municipales ont comblées cet élu. Réélu pour la cinquième fois à la mairie de Saint-Cyr-sur-Loire (proche banlieue de Tours) il voit ses proches ajouter des maillons à sa longue chaîne d’union. Serge Babary, élu maire de Tours, membre de la famille UMP. Frédéric Augis, UMP également, prend la mairie de Joué-les-Tours. Ne parlons pas des “petites” communes des environs de la ville qui se sont dotées d’élus de droite quand ce n’est pas d’élus UMP à visage découvert ou non. Et que dire de la jeune garde montante qui croise celle qui vient de descendre.

Son réseau national “s’expose” au grand jour fin septembre 2011, lors des obséques de son épouse: on y retrouve François Baroin, Roselyne Bachelot, Maurice Leroy, Claude Greff et Patrick Ollier et quelques anciens ministres comme Michèle Alliot-Marie, Hervé Gaymard, Renaud Muselier ou Hervé Novelli; le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer ; celui du groupe UMP, Christian Jacob; celui qui était encore le patron du parti, Jean-François Copé; mais aussi Claude Chirac, sans oublier une flopée de parlementaires. C’est que notre député avait sû se rendre utile en son temps, alors qu’il était questeur de la noble assemblée. Ce poste, qui n’est pas qu’honorifique (revenu supérieur à celui des autres députés), lui a permis de jouir d’un appartement de fonction au Palais-Bourbon. De cette place de vigie il organisait des rencontres entre députés, associations et chefs d’entreprise, sans oublier des événe­ments très politiques. Il fit profiter Jacques Chirac de son hospitalité pour réunir ses fidèles et amis. Le journaliste confirme que le 25 juin 2014, “c’est dans les salons de son ancien trésorier de campagne que Nicolas Sarkozy recevait un brevet en gaullisme décerné par l’Union des jeunes pour le progrès (UJP)”.

Cityagglotours, où comment un magna de l’immoblier contrôle une agglomération de 300000 habitants sans que quiconque ne s’interroge:

En cette année 2014 Tours est tombé entre les mains d’un réseau méli-mélo fait d’un maillage “catho”, Francs Maçons, UMP et sympathisants et Cityia ( Frédéric AUGIS ancien collaborateur parlementaire et salarié de Citya prend la mairie de Joué-les-Tours et obtient la délégation à la politique de la ville, certains adjoins à la mairie de Fondettes et beine d’autres que nous n’avons pas confirmés aujourd’hui). Une toile inextricable qui contrôle tous les exécutifs locaux avec en premier lieu Serge Babary, élu à la mairie de Tours et qui lui renvoie l’ascenseur avec la nomination à la tête de l’agglomération. Si nous y ajoutons le caneva magistrats ce n’est plus un réseau politique, ça prend l’allure d’un réseau inquiétant.

Face à ce panorama, en mai 2014 l’UNARC tirait le signal d’alarme au sujet de l’une des sociétés de notre idylle, l’ARCHE P.I, société dont les statuts montrent qu’elle appartient en très grande majorité à notre député. L’objet de cete société est

« La prise de participation directe ou indirecte dans toutes entreprises et/ou sociétés exerçant directement ou indirectement dans le secteur de l’immobilier et de l’hôtellerie sous toutes formes et par tous moyens ».

En octobre 2014 l’UNARC allait encore plus loin et dénonçait de nouveaux abus.

Ce risque lié à cette situation est à rapprocher de l’affaire que nous avons décrite en juin 2014 au sujet de la Citya. Grâce à un véritable harcèlement financier par huissier interposé la Citya poussait le propriétaire d’un appartement du centre de Tours à la faillite . Lors du passage en jugement de proximité le juge validait des frais postérieurs à la date d’assignation et en plus ne reconnaissait pas des relevés Citya transmis comme preuves du règlement de ses charges par le propriétaire sans plus d’explication. Quelques mois plus tôt le propriétaire avait été contacté par un service immobilier pour une reprise de son appartement à une valeur vénale. Son comité de soutien parviendra à l’accompagner avec succès dans ce conflit.

De telles malversations ont déjà été signalées au crédit de la Citya.

En septembre 2014, suite à sa nomination à la tête de l’agglomération il est élu président de l’Agence d’urbanisme de Tours.

En résumé c’est dire que Citya dirige l’agglomération avec un oeil voire une main mise au moins aujourd’hui sur l’avenir immobilier de celle-ci.

Et, selon certains, pour “tout changer pour que rien ne change” dans la continuité de l’entente avec son prédécesseur.

Un cumulard de premier plan en seconde ligne:

Lors d’un entretien récent à la chaîne LCP le Député Briand répond à la question de la journaliste qui s’inquiétait du cumul de ses activités et se définit comme un chef d’orchestre.

Il semble oublier que le chef d’orchestre est responsable de la qualité de l’exercice de l’ensemble intsrumental et de chacun des instruments lors de chaque prestation. C’est ce que nous dit par ailleurs le droit sur le plan des responsabilités en identifiant précisément les “fusibles”.

En fait il délè­gue beaucoup, à des collabo­rateurs de confiance, qu’il cherche à conserver le plus longtemps possible. De cette manière, il est “sûr” de garder le contrôle sans avoir à s’appesantir sur les détails mais surtout sans avoir à s’exposer lui-même. Sauf qu’avec l’affaire Bygmalion, la méthode pourrait montrer ses limites. Alors que la justice enquête sur un système de fausses factures il lui sera peut être difficile de ne pas se demander si le tréso­rier n’aurait pas dû porter plus d’attention aux « détails » plutôt que « … de valider les devis qui étaient là et de les transmettre pour paiement« .

Car si la confiance est garantie par une proximité de longue durée cette même longue durée peut aussi cacher bien des vices.

L’affaire Bygmalion

L’affaire Bygmalion est l’exemple même de cette posture adoptée par notre député.

Bien que trésorier de la campagne de l’ex-président son nom n’était pas souvent cité dans les médias. Nous le trouvions dans quelques articles, au début de l’affaire, car en tant que trésorier de la campagne il pouvait apparaitre comme la première personne à qui la justice devait demander des « comptes ». Il avait pourtant vanté une campagne économique et exemplaire.

Au journaliste de l’Express il déclarait :

« Quand l’affaire Bygmalion a éclaté, je suis tombé des nues. Oui, j’étais le trésorier de la campagne, mais je tenais simplement le tableau de bord, avec les informations que l’on me passait ».

Voilà le chef d’orchestre. Il est comme le centre du cercle, partout  et nulle part en même temps.

Dans cette ville ou tout est historiquement érigé en réseaux les journaux locaux commencent à frémir. Le 09 octobre 2014 LA TRIBUNE DE TOURS s’interrogeait: Philippe Briand: jours tranquilles à l’Agglo … en attendant les juges”. Qaunt à la Nouvelle République elle poursuivait le même jour dans la négation amicale: “Affaire Bygmalion-Briand: “J’ai été propre.

Est-ce que les consciences locales se réveillent ?

Pas sûr du tout lorsque l’on entend certains UMP déclarer lors du garnd meeting UMP du 15 octobre 2014:

car le dépassement du plafond des dépenses autorisées est peut-être illégal, mais il n’est pas immoral.

Bien sûr que ce n’est pas illégal ! Du moins aussi longtemps que la » loi » n’est pas passée par là !  Bien entendu que ce n’est pas immoral !  Aussi longtemps que de morale il n’est pas question ! Mais de toute évidence c’est tout particulièrement amoral, non ?

Nous sommes encore loin d’un réveil des consciences, surtout journalistiques et encore plus locales.  LA TRIBUNE DE TOURS semble se remettre de sa publication sur le “couple” Germain-Briand. La Nouvelle République ne s’est de toutes évidences jamais remise de ses longs atermoiements politiciens et de ses amitiés dangereuses.

De conscience politique il ne peut pas même en être question.

 

Comments are Closed