MEDIATOR, ANALYSE DU RAPPORT IGAS – de la chimie à la pharmacologie

Par Yves Dumas,

Le 29 novembre 2010 l’Inspection Générale des Affaires Sociales est sollicitée par Monsieur Xavier Bertrand en sa qualité de Ministre de la Santé pour une mission à comportant deux volets : une mission d’enquête sur le MEDIATOR et une mission de proposition sur l’amélioration du suivi de des médicaments, notamment sur la pharmacovigilance c’est-à-dire sur le suivi des effets observés chez les « malades ».

Il est publié en janvier 2011 soit moins de 2 mois après qu’il ait été demandé par le Ministre.

Le rapport se structure en plusieurs « actes ».

De la chimie à la pharmacologie :

La première partie du rapport traite de l’invention du benfluorex, substance active du Médiator. Cette invention repose sur les constatations que les anorexigènes, et tout particulièrement les dérivés de l’amphétamine, possèdent des propriétés de stimulation des centres de la faim. Cette stimulation retarde la sensation de faim et diminue la prise de nourriture. C’est la raison pour laquelle ces produits  sont désignés sous le nom de « coupe faim ». Leur utilisation entraine la perte de poids.

L’amphétamine, molécule d’origine du benfluorex, est un produit qui stimule très fortement le système nerveux central. Elle entraine également de la perte de sommeil, des effets sur le rythme cardiaque, des effets sur la dilatation de la pupille mais aussi des effets sur la sensation de faim. Cette dernière propriété n’est pas la propriété principale de l’amphétamine. C’est une propriété « annexe » pour ne pas dire « secondaire ».

Le travail des chimistes, et ceci est le cas pour de nombreux médicaments pour ne pas dire de tous, consiste à rechercher toutes les modifications possibles à apporter à la molécule pour réduire certains effets, voire pour les supprimer. Il est ainsi possible  de faire émerger des propriétés que la molécule d’origine porte en elle. Ce travail résulte d’un triage pharmacologique rigoureux qui requière que chaque nouvelle molécule soit synthétisée puis vérifiée pour en évaluer les propriétés mais surtout pour mesurer le rapport entre l’activité recherchée et les effets que l’on souhaite atténuer voire supprimer. Plus ce rapport sera élevé plus la molécule présentera le profile pharmacologique souhaité.

C’est ce genre de programme qui a conduit les Laboratoires Servier à la découverte du benfluorex après dix années de recherche à partir des travaux de deux chercheurs américains qui avaient mis en évidence les propriétés « coupe faim » d’un dérivé fluoré de l’amphétamine, la norfenfluramine.

Le benfluorex (substance active du Médiator) est un dérivé de cette norfenfluramine, elle-même dérivée de l’amphétamine, comme le montre le rapport de l’IGAS. A partir de ce moment-là le lien de parenté avec la molécule d’origine ne peut pas être nié mais surtout ne doit pas être oublié.

La démonstration faite dans le rapport de l’IGAS est implacable à cet égard : le benfluorex est un dérivé de l’amphétamine qui ne peut renier son origine ni ses propriétés, même si celles-ci peuvent être notablement différentes de celles de l’amphétamine.

Le choix du benfluorex parmi d’autres molécules résulte d’un large programme de synthèse et de « triage » pharmacologique que les données rassemblées par l’IGAS doivent permettre de comprendre.

A suivre: de la pharmacologie à la toxicologie

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