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MEDIATOR: Docteure Frachon lanceur d’alerte – le coup de grâce de la CNAM et l’électrochoc des « politiques »

Par Yves Dumas

Le coup de grâce de la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie)

La docteure Catherine Hill qui connait bien les réseaux de gestion des données médicales en France avait informé la docteure Frachon, fin septembre 2009, que la CNAM peut être à même de croiser des fichiers de données dont elle dispose dans le cadre de ses activités de gestion de l’assurance maladie.

Les fichiers de la CNAM sont cloisonnés. Chacun d’eux correspond à la gestion d’une activité précise (consommation de médicaments, consultations généralistes, consultations spécialistes par branche d’activité etc …). Il est donc possible de retrouver séparément d’une part tous les malades qui ont reçu du Médiator (même une seule boîte) et d’autre part ceux qui ont subi une intervention chirurgicale cardiaque voire même valvulaire. Tout ceci sous-entend bien entendu que les informations aient été codifiées correctement lors de l’entrée dans la base.

Ces croisements ne sont pas automatiques. Ils nécessitent la réalisation d’un petit programme informatique. Par mesure de sécurité une validation de chaque programme ainsi conçu est nécessaire pour éviter toute remise en cause des résultats de l’analyse.

Avec un tel croisement des données l’étude ne consiste plus dans l’extrapolation à une population de données limitées à un groupe, comme dans le cadre d’une étude cas-témoins. Nous sommes dans le bilan de l’usage d’un produit sur une population réelle, en temps réel, et sur l’évaluation des conséquences de ce traitement sur cette population traitée pendant plusieurs années.

Le contact de la docteure Frachon à la CNAM la rappelait juste après la commission d’AMM d’octobre.

Les résultats de l’analyse étaient préliminaires. Ils étaient totalement en accord avec ses propres résultats :

  • « On a été plus rapide que prévu, je vous donne deux, trois chiffres comme çà : en regardant le devenir de plus de un million de diabétiques, si j’isole ceux qui ont été exposés en 2006 au Médiator, même une seule boîte, le risque qu’ils soient hospitalisés l’année suivante pour un problème d’insuffisance valvulaire, toutes causes confondues, est multiplié deux à trois fois par rapport aux non exposés. Idem l’année suivante. Compte tenu des nombreux facteurs qui atténuent cet effet, je pense que l’on se rapproche de vos constatations. Au minimum, cela représente 150 personnes hospitalisées chaque année pour une toxicité sévère valvulaire du Médiator.»

Le rapport final de la CNAM arrivait sur le bureau du directeur de l’afssaps, Jean Marimbert, en novembre 2009, juste à point pour la prochaine commission d’AMM fixée au 12 novembre, mais trop tard pour celle d’octobre.

La commission d’AMM recommandait la suspension de l’AMM, décision qui doit ensuite être approuvée par le directeur de l’agence.

Le 30 novembre 2009 le produit était retiré de toutes les pharmacies.

L’affaire Médiator prenait une nouvelle dimension.

L’électrochoc des « politiques »

La docteure Frachon aura, en 3 années, fait le travail que l’agence aurait pu faire dès les premières alertes. Cela lui aurait pris quelques mois puisque toutes les données étaient entre les mains des organismes de l’état (afssaps et CNAM notamment).

De saut de puce en saut de puce la docteure Frachon a fait le travail de l’agence et en éest arrivée à la conclusion simple et dramatique : le MEDIATOR n’est, dans le corps humain,  rien d’autre que de l’Isoméride.

Les résistances auxquelles elle a été confrontée pendant ces années la convainquent que seul un événement fort permettra aux malades d’être dédommagés des préjudices causés par le Médiator.

Ne voyant personne bouger, tant au niveau santé qu’au niveau politique, elle décide de publier un ouvrage résumant cette affaire : MEDIATOR 150 mg – combien de morts. C’est chose faite le 03 juin 2010, 7 mois après le retrait du produit des pharmacies.

La réaction ne se fait pas attendre : c’est un électrochoc pour les « ‘politiques ».

A suivre: Les trois coups et les deux premiers acteurs.