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THEO: les pratiques habituelles de dénigrement de « crimes » policiers par les policiers

Par Yves Dumas

Les développements de l’affaire Théo à Aulnay-sous-Bois révèlent les pratiques classiques des policiers pour dénigrer les victimes et soutenir des policiers qui ont violés les engagements de la police. Ces pratiques corporatistes sont à la base du rejet des policiers par la population sauf par ceux qui y trouvent encore un soutien pour rejeter pêle-mêle émigrants, chômeurs, homosexuels et tout le cortège des exclus des biens pensants, ou encore par ceux qui rejettent systématiquement la Police et les policiers.

Un rapport de l’IGPN qui va au delà de simples conclusions:

Le rapport de l’IGPN est sidérant en ses conclusions:

L’analyse des divers éléments recueillis lors de cette enquête établissait que si le geste du gardien de la paix C. avec sa matraque était à l’origine de la blessure de M. Luhaka à l’anus, l’élément intentionnel pouvant caractériser le viol n’était pas établi.

Il confirme malgré tout qu’il y a eu pénétration donc « viol », si un viol n’est pas nécessairement intentionnel.

Heureusement, le rapport ne remet pas en cause la pénétration confirmée par le premier certificat médical:

la présence d’hématomes et plaies superficielles au niveau du visage, mais également un prolapsus rectal modéré avec une probable perforation du rectum, nécessitant un passage au bloc opératoire en urgence.

puis par un second certificat médical, établi à l’issue de l’opération chirurgicale:

une large plaie de l’hémi-circonférence droite de la marge anale avec section traumatique complète du muscle sphinctérien, et une plaie sur 10 cm de profondeur du canal anal et du bas rectum, en continuité et sur le trajet de la lésion sphinctérienne.

Comment en est-on arrivé à cet acte ?

En reprenant le texte du rapport de l’IGPN nous notons:

Ramené au commissariat pour être placé en garde à vue, Théodore Luhaka, présentant « un important saignement au niveau du postérieur »

ce qui atteste que la plaie était récente et, pour que le saignement soit important, il est évident qu’il n’avait pu qu’être provoqué par un acte immédiat.

Ce qui est également important au regard de la blessure et qui confirme son immédiateté c’est la phrase suivante du rapport:

Arrivé au commissariat, en raison des douleurs, il ne pouvait s’asseoir, et était allongé au sol .

Et le rapport de préciser également :

Des traces rougeâtres seront relevées près du muret où s’est déroulée l’interpellation, au milieu de bris de verre résultant de jets de bouteilles, de même que sur la banquette arrière du véhicule ayant servi à ramener Luhaka au commissariat.

Nier la pénétration est donc impossible pour l’IGPN.

Restait donc à l’IGPN à relier cet acte à une action du policier :

Le gardien de la paix C. était vu faisant un mouvement horizontal avec son bras droit porteur de la matraque, en direction et à hauteur du bas du dos du nommé Luhaka. Consécutivement à ce geste, celui-ci se retournait brutalement, recevait une gifle à la tête du fait de H., puis se laissait tomber au sol. Un visionnage plus précis de cette scène permettait de constater qu’au moment de la rotation de M. Luhaka, un mouvement du tissu de son caleçon était perceptible et laissait apparaître une marque sombre pouvant correspondre au trou constaté sur ce vêtement lors des constatations. Dans le même temps, un trait blanc, pouvant correspondre au corps d’une matraque, apparaissait furtivement au niveau de la fesse gauche de l’interpellé, trait blanc réapparaissant ensuite dans la main du gardien de la paix C.

Voilà donc le lien entre le tonfa et la blessure, donc la désignation du coupable.

Y a t’il eu intention ou non ?

Seul le policier peut répondre face à un tel acte furtif ou, pourquoi pas, la balistique, pour expliquer comment une frappe horizontale au niveau des jambes peut finir par pénétrer l’anus qui, chez un homme debout, se situe verticalement et chez un homme assis (dessus) est difficile d’accès.

L’IGPN suggère donc que c’est parole de policier contre parole de « délinquant ». La fin de la conclusion du rapport est donc déplacée selon nous:

l’élément intentionnel pouvant caractériser le viol n’était pas établi.

Il serait plus juste et préférable de dire, par exemple, que les informations réunies ne permettent pas de qualifier l’acte, ce qui semble plus correct au regard des éléments connus du rapport.

Ce que confirme le rapport de l’IGPN c’est qu’il y a bien eu blessure provoquée par le tonfa et que cette blessure est liée directement à l’interpellation de « l’individu ». Personne ne note  la présence sur les lieux d’individus ayant soumis Théo à des actes de torture afin de lui soutirer des aveux quant à une collaboration éventuelle avec la police. Dans le cas contraire il y aurait potentiellement eu non-assistance à personne en danger.

Paroles de syndicats policiers trop pressés:

Dans de telles situations (Sivens, Drancy….) le corporatisme syndical se met en place rapidement pour ne pas dire immédiatement. Sans avoir été présent sur les lieux un syndicaliste SGP-FO qualifie le viol d’improbable. Pourquoi improbable puisque si la probabilité qu’il se produise est nécessairement infime elle existe à chaque intervention ?

Alliance se joignait au récital quelques jours plus tard jusqu’au moment ou le policier Bamboula de SGP-FO dérapait et décrédibilisait un peu la parole syndicale avec son

bamboula, ça ne doit pas se dire mais ça reste à peu près convenable.

lors de l’émission C dans l’air sur France 5 consacrée ce 9 février.

Paroles loupées des syndicats de policiers (SGP-FO et Alliance) mais paroles qui restent tout de même.

Parole troublante d’un policier d’Aulnay:

Un PV troublant, rédigé par un brigadier d’Aulnay daté du 03 février fait subitement son apparition. Ilrapporte des actes de viol et de torture entre trafiquants de drogue, a été remis au commissaire dès le lendemain de l’affaire Théo. Ce qui est troublant c’est qu’il est daté du lendemain des faits et rapporte des propos entendus quinze jours plus tôt. C’est là une pratique coutumière et malsaine pou jeter la suspicion sur une plainte en laissant à penser que l’individu était peut être dans cette situation. Il y a trop de coïncidences dans cet écrit. Daté du 03 février il relate des faits du 15 janvier :

Dimanche 15 janvier 2017, j’étais de ronde et patrouille anti-criminalité dans le secteur du quartier de la Rose-des-cents et plus particulièrement sur le point de revente régulier de la place Jupiter .

Vu l’urgence de l’information pourquoi celle-ci n’a t’elle pas été délivrée plus tôt ?

(trois gardiens de la paix qui l’accompagnaient sont cités (et qui seraient donc en mesure de confirmer ce témoignage) dans le document )

et l’on voit là le corporatisme se mettre en place pour sauver le policier.

Et le bouquet final qui peut suggérer que … :

Ainsi, les trois individus m’ont indiqué qu’un certain nombre d’individus travaillant sur ce point avait été soumis à des actes de torture afin de leur soutirer leurs aveux quant à une collaboration éventuelle avec la police. J’ai reçu alors la précision que les individus, pour qu’ils avouent, étaient copieusement fouettés et sodomisés à l’aide d’un manche à balai

eh oui, que Théo était de ceux-là. Peut être pire encore que le viol venait juste de se produire et que c’est pour cela qu’il « saignait du fion » selon les propos de l’un de ses « tortionnaires ».

Par contre il ne semble pas que les quatre policiers aient notés de tels actes juste avant les faits de violence sur Théo.

Et comme d’habitude pour faire « policier » :

Rédigé à toutes fins utiles.

Plus téméraire encore le brave brigadier aurait pu écrire : « rédigé à toutes fins utiles avec retard mais à propos ».

Paroles lancées en pâture à l’opinion même et surtout si elles n’ont rien à voir avec le viol:

Et soudain, sans que l’on sache d’où cela vient, une enquête préliminaire pour suspicion d’abus de confiance et escroquerie ouverte en juin à Bobigny fait son apparition. Elle porte sur une « suspicion d’abus de confiance et escroquerie » liée au fonctionnement trouble d’une association de prévention et d’entraide créée par la famille à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et sur l’utilisation de centaines de milliers d’euros de fonds publics.

Il est judicieusement rappelé que cette enquête confiée au service départemental de la police judiciaire (SDPJ) de la Seine-Saint-Denis, ne remet pas en cause les violences policières présumées subies par Théo. Heureusement, mais ….

Théo lui-même faisait partie des salariés de l’association créée par (son) frère Mickaël.

Et voilà, la suspicion est jetée malgré la mise en garde car cette affaire remonte à fin juin 2016 et avait commencé courant 2015. Et pour enfoncer le clou de rajouter que Théo aurait reçu  52 000 € de rémunérations pour lui seul.

Pourquoi cette affaire est-elle devenue si précipitamment publique à ce moment là avec autant de détails ?

Qui a lâché de telles informations dans la presse à ce moment là ? Car c’est ce qui ressort de l’affirmation suivante:

Dans les affaires financières, il y a deux méthodes, observe un policier spécialisé. Soit on entend les protagonistes au début, comme dans l’affaire Fillon, et puis on déroule l’enquête derrière. Soit on les entend à la fin une fois les investigations terminées.

puisque le Parquet avait choisi la seconde option Qui d’autre que des policiers a fait fuiter cette information dans la presse et dans quels buts ?

Toujours paroles contre paroles. En d’autres termes quelqu’un voudrait-il faire penser qu’à ce prix là un coup de tonfa mal placé est « concevable » chez ces gens là.

Paroles du bon Serge:

Un policier d’Aulnay-sous-Bois dénonce les dérives de ses collègues

Le comportement de cette fine équipe de policiers d’Aulnay réveille la parole oubliée de certains de leur collègues du commissariat :

Si le viol est avéré, il faut qu’ils prennent 20 ans ferme ! Que les jeunes n’aient pas l’impression que les policiers bénéficient de passe-droit. Qu’on puisse repartir dans la rue faire notre métier sereinement.

Nous entrons là dans Parole contre Parole de flic.

Il rappelle que les pratiques des policiers d’Aulnay sont depuis passées au crible par l’IGPN qui a entendu des dizaines d’entre eux. et que certains  antécédents fâcheux ont été exhumés.

Il revient sur l’affaite Théo:

Nos collègues avaient le droit d’interpeller Théo, ils avaient un motif légitime, croit savoir Serge. Mais pas le reste…

L’agent raconte la mare de sang – découverte une fois la housse enlevée – qui avait imprégné la mousse de la banquette arrière du véhicule de la BST. Sans émotion il évoque les auteurs présumés du viol et des violences:

L’équipe qui est mise en cause dans cette histoire, cela fait des années qu’elle fait ça… J’ai vu et entendu des officiers de police judiciaire passer leur temps à leur dire d’y aller moins fort. C’étaient vraiment des habitués. Dès qu’ils sortaient du commissariat et qu’il n’y avait plus d’autorité derrière eux, ils s’imaginaient être les maîtres dans la rue. Ils faisaient ce qu’ils voulaient, quoi ! Le plus vieux, il n’avait que sept ans de police. On les a un peu lâchés dans la nature

Et de poursuivre:

Ils aiment se battre, casser des gens. C’étaient toujours les premiers à se ruer dans les cellules lorsqu’un gardé à vue pétait un plomb ou se rebellait. L’un d’eux, un brigadier, était particulièrement violent. Je l’ai vu avoir des gestes déplacés au poste, menacer des hommes menottés au banc : ‘‘Toi, on va t’éclater !” Et, à chaque fois que des jeunes se plaignaient, c’était cette équipe-là.

Jusqu’à ce témoignage, seuls les jeunes des 3 000 présentaient le quatuor de la BST comme des auteurs de violences renouvelées.

Paroles de Politiques

Toujours la même litanie du côté des « politiques » avec des déclarations les extrêmes habituelles :

les déclarations habituelles du FN avec:

  • Marine Le Pen:

Mon principe, c’est d’abord je soutiens les forces de police. Voilà. Et de gendarmerie. Sauf démonstration par la justice qu’elles ont commis un délit ou un crime”,

  • puis Philippot qui dénonce

    des violences de racailles inacceptables.

alors qu’à l’opposé nous retrouvons les mêmes habitués:

  • Mélenchon:

    L’affaire Théo est le scandale de trop », dénonce le représentant de La France insoumise et espère que justice soit faite « dans des délais raisonnables », contrairement à « l’affaire de Zyed et Bouna ».

  • Jadot remercie Théo:

    d’avoir le courage de raconter cette nouvelle et insupportable violence policière.

et pour ceux qui pratiquent la banlieue:

  • le maire d’Aulnay:

    « indignation » et  « écœurement devant ce qui s’est passé ».

  • le maire de Meaux:

    Si les faits sont avérés c’est monstrueux.

  • Rama Yade:

    Ca me donne envie de chialer.

Ne parlons pas du Ministre de l’Intérieur qui :

Je réaffirme ma confiance dans la justice pour établir les responsabilités et qualifier les faits.

Nous sommes toujours confrontés au langage chloroformé des hommes politiques au pouvoir. Nous sommes désolés de dire que la Justice n’y peut rien, elle définit les règles. N’invoquez plus la justice, invoquez les magistrats et donnez leur les moyens de faire leur travail, non seulement en terme d’effectif, mais en terme d’indépendance à l’égard du pouvoir et des la police.

Il est bon de rappeler qu’aucun des candidats à la présidentielle  n’aborde la réforme des institutions judiciaires et policières dans leurs programmes pour les prochaines élections.

Conclusions:

Beaucoup des plaintes pour des violences policières jugées illégitimes n’aboutissent donc pas à un procès, et encore moins à une condamnation de policiers. Dans le rapport de l’IGPN de 2015, on apprend notamment que:

sur les 129 enquêtes transmises, 37 ont fait l’objet d’un classement (28,7%) tandis que 8 ont donné lieu à des poursuites judiciaires […], les autres suites n’étant pas connues».

Ces enquêtes n’incluent pas seulement des violences qui représentent tout de même 40% des infractions. Il est difficile d’évaluer précisément l’ampleur des violences policières, et encore moins leur taux de condamnations. Ces chiffres se heurtent à la frilosité des magistrats à condamner des policiers. Ces comportements conduisent inévitablement à un «sentiment d’impunité» de la part des policiers. Ceci est regrettable car  ces comportements sont de toute évidence le fait d’une très faible minorité de policiers qui nuisent ainsi à l’image de la grande majorité des autres. Le comportement des syndicats ajoute encore au sentiment d’impunité. Le risque pour l’institution policière est que cette image d’intouchables fasse tache d’huile autour des Ripoux comme nous l’avons montré dans le cas de L’Internaute de Tours. Nous poursuivons notre enquête sur ce que sont devenus les policiers véreux impliqués dans cette affaire.

Demander la justice pour Théo c’est demander la justice pour chacun de nous. C’est demander que la justice soit rendue sur les preuves. C’est demander aux politiques qu’ils mettent fin aux manœuvres des policiers et de leurs syndicats pour dénigrer les victimes ou encore plus fréquemment pour influencer les décisions des juges. Les hommes politiques doivent aussi changer de langage et prendre leurs responsabilités dans ce débat.

Bobigny – Fillon : des faits injustifiables ! Mais lesquels donc ?

Par Michel Engelmann

Lors d’un discours devant les préfets, le Premier Ministre a estimé que les sept policiers condamnés par le tribunal de Bobigny à de la prison ferme ont commis des « faits injustifiables ». Il rappelait que « l’honneur de la police » exigeait « un comportement exemplaire »

Les sept policiers ont été condamnés vendredi dernier par le tribunal de Bobigny pour avoir menti et accusé à tort un homme qui risquait une condamnation à perpétuité.

Les Français ont lors du verdict du procès, les images du tribunal de Bobigny cerné de policiers en tenue, gyrophares tournant. 200 représentants « rameutés » sur la base d’un message diffusé par la radio interne aux services de police. Ils protestaient contre la condamnation de leurs sept collègues.

Ces faits ne sont pas sans rappeler ceux d’autres procès récents contre des policiers, procès qui ont vu les salles d’audience remplies de fonctionnaires de police. La situation en était arrivée à un point tel que les familles des jeunes qui étaient partie civile ne pouvaient entrer dans la salle d’audience. On voyait de dos certains fonctionnaires facilement reconnaissables.

Monsieur le Premier Ministre devrait nous dire si ces faits là aussi sont injustifiables car ce n’est pas sans danger pour une démocratie de laisser « trainer » des policiers en si grand nombre devant des lieux de justice !

Bobigny : il a cassé le job pour 10 ans !

BobignyPar Michel Engelmann

Ces propos attribués au chef de l’Etat au sujet du comportement de son Ministre de l’Intérieur résonnent de nouveau de façon étrange après les récents événements de Bobigny. Et si le tort de Monsieur le Ministre était de dire tout haut ce que certains de ses prédécesseurs disaient devoir faire tout en faisant le contraire de ce qu’ils disaient

Rapide comme l’éclair le ministre de l’Intérieur apporte son soutien aux  sept policiers condamnés à de la prison ferme et pour 5 d’entre eux radiés de la Police.

Les syndicats policiers ont ouvertement mis en cause les magistrats de Bobigny, qu’ils accusent de laxisme : « Ce tribunal est connu pour receler les pires idéologues de la culture de l’excuse quand il s’agit de remettre dehors à tour de bras les trafiquants de stupéfiants, braqueurs, auteurs de tentatives d’homicide, etc.», déclarait sans surprise le représentant de Synergie-Officiers.

Le Ministre en rajoutait une couche samedi devant le conseil national politique de l’UMP : « Le métier de policier, de gendarme, de sapeur pompiers, ce n’est pas un métier comme les autres. C’est un métier où il arrive quotidiennement de risquer sa vie, et je me réjouis de la décision du parquet de faire appel de ce jugement ». Le Parquet aux ordres du gouvernement avait-il d’autres choix pour que chacun garde son poste au chaud ?

« Que le ministre de l’Intérieur soutienne des policiers condamnés pour des faits particulièrement graves, c’est ahurissant », déclarait le président de l’Union Syndicale des Magistrats. Il rappelait que l’homme dénoncé à tort par les policiers encourait la perpétuité si le mensonge n’avait pas été dévoilé. « Ce qui me désole, c’est qu’on renforce une guerre police-justice qui n’a pas lieud’être », reprenait de son côté la présidente du Syndicat de la magistrature. Pour Unité SGP Police, qui met en avant « les difficultés (rencontrées par les policiers) dans l’exercice de leur travail» en Seine-Saint-Denis, «il est impossible de comprendre ce jugement ».

Le garde des Sceaux, Michel Mercier, refusait d’alimenter toute «polémique», ménageant la justice tout autant que la police : « Je ne vais pas commenter une procédure qui est en cours. On va attendre que la cour d’appel rende son arrêt » expliquait-il. « Je respecte les magistrats. Je sais simplement que travailler dans un département très difficile, que l’on soit policier ou juge, c’est extrêmement difficile. Il existe dans ce pays une chaîne pénale, (…) c’est la justice et la police. On a besoin de ces deux forces et si on tape sur un maillon de la chaîne pénale, c’est toute la chaîne qu’on affaiblit », a-t-il poursuivi, plaidant pour que «ces deux piliers de la République puissent travailler ensemble».

Dans un communiqué, les députés de Seine Saint Denis, Éric Raoult, Patrice Calméjance et Gérard Gaudron, et les sénateurs Philippe Dallier et Christian Demuynck « apportent tout leur soutien et leur solidarité aux policiers, au préfet (de Seine-Saint-Denis, Christian) Lambert, ainsi qu’au ministre de l’Intérieur qui, face à une délinquance de plus en plus violente, effectuent un travail efficace contre les délinquants et les trafiquants de drogue ». Ils expriment « leur étonnement vis-à-vis d’un jugement disproportionné ». « Le procureur avait demandé du sursis, les juges ont préféré des peines plus fortes allant jusque de la prison ferme », rappellent-ils. Personnes ne parle de radiations car c’est bien là que se situe le vrai problème. Condamné à la prison ferme ils sont radiés ; avec du sursis ils passent au travers des mailles du filet.

Les faits reprochés aux policiers sont pourtant particulièrement graves : ils ont été jugés coupables de « dénonciation calomnieuse » et « faux en écritures », après avoir voulu faire porter la responsabilité d’un accident provoqué par une voiture de police à un chauffeur qu’ils poursuivaient.

Ce dernier avait été placé en garde à vue pour tentative d’homicide sur fonctionnaire de police, un crime passible de la perpétuité. La version des policiers n’a pas tenu longtemps à l’examen des faits et ils ont reconnu les faits.

Il est bon de rappeler à nos élus que le “ faux en écriture publique ”, lorsqu’il est commis par une personne dépositaire de l’autorité publique agissant dans l’exercice de ses fonctions, est punissable d’une peine qui peut aller jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle et 225 000 euros d’amende (art. 441-4 du CP). On est loin du compte même si nos « politiciens » jugent la punition sévère.

On en aurait presque oublié les quelques propos à chaud du Préfet Lambert qui reprenait ceux de son Ministre en déclarant que ce jugement est incompréhensible dans un département où il y a autant de « multirécidivants ».

N’oublions pas que la France a été condamnée à plusieurs reprises pour « trop protéger sa Police ». Là est le cœur de cette polémique. A l’exception aujourd’hui encore du Ministre de la Justice qui use de son droit de réserve, une majorité de « politiciens » nous disent que du fait de la situation en Seine Saint Denis ils réclament l’acquittement des policiers qui ont violés leur serment par ce que ce département grouille de malfrats. Ils sont donc disposés, du Ministre de l’Intérieur au syndicaliste bon teint, à fermer les yeux sur des comportements ripoux et à envoyer un innocent en prison à perpétuité.

Le gouvernement semble récolter les fruits d’une politique de protection exagérée de la police qu’il utilise comme bras armé de sa politique sécuritaire. La contrepartie consiste bien à fermer les yeux sur tout type d’agissement aussi longtemps que les preuves ne sont pas irréfutables. Les policiers le sentent bien et se permettent aujourd’hui encore plus qu’hier de se montrer en force tant dans la rue que dans les tribunaux lors du jugement de leurs collègues.

Il a peut être cassé le Job pour plus de dix ans !

SALUT LE CARRIER – De la pratique de la Justice et du profane.

Par Yves Dumas

Le 07 septembre 2009 j’étais présent au Palais de Justice de Tours ou j’ai eu le plaisir de rencontrer le « Carrier » qui, comme moi, accompagnait un « jeune prévenu ».

Alors que nous faisions rapidement connaissance nous constations que nous étions presque du même âge, que nous avions grandi dans deux villes voisines de la vallée de l’Indre et que nous avions « migré » hors de la Touraine pour y revenir en fin de compte.

La cour nous mis en « récréation » tard dans la soirée. C’est à ce moment là que nous nous sommes rencontrés. Pour tout dire nous étions un peu sonné par ce que nous venions de vivre.

Le « rituel » de la soirée était bien en place. On annonça : « Débout, la Cour! » et, comme un seul homme, prévenus compris, nous nous sommes mis debout. Le président présidait, l’avocat général « requérait » pour dans le but de « protéger la société » et les prévenus répondaient aux questions qui leurs étaient posées. Tout était parfait. Rien de différent de ce que j’avais pu voir par ailleurs et tout particulièrement au fameux tribunal de Bobigny tant décrié par certains journalistes* comme « la bombe à retardement » pour la Justice A vrai dire je ne voyais aucune différence dans le comportement de ces jeunes de Bobigny qui bien que ne niant pas les viols dont ils étaient accusés trouvaient ceux-ci normaux, car la « victime » ne s’y était pas opposée selon eux, et celui des deux « papis » qui, accusés d’attouchement sur une jeune fille, ne comprenaient pas que ce qu’ils avaient fait soit vraiment grave car la belle en plus d’être jeune « n’était pas farouche ». Dans l’horreur les prévenus sont peu différents, qu’ils soient de Bobigny ou de Tours.

A Tours on faisait plutôt dans le costume – cravate, pas de verlan, pas dans la casquette à l’envers et pas dans la bande de la cité d’à côté. On faisait plus dans le respect provincial. J’étais près à parier que le « carrier » comme moi serait costume – cravate à Tours comme à Bobigny de toute façon.

Après l’installation des juges le président prenait de main ferme la conduite de l’audience. « L’égrégore » judiciaire s’installait, indispensable à la sérénité de l’audience. Elle était comme toujours influencée par la solennité des lieux mais surtout par le rituel de l’instruction. Je n’ai pas vu de différence fondamentale entre les deux audiences, celle de Tours et celle de Bobigny, jusqu’au moment où le comportement du Président troubla l’ordre des choses. C’était à Tours. En saluant ostensiblement de la main quelques nouveaux « conseils » entrant par une porte dérobée il rompait l’harmonie des lieux et faisait subitement chavirer la salle d’audience dans le monde « profane ». C’était là chose surprenante qui donnait un parfum étrange à cette pratique de la Justice. Cette attitude troublait la sérénité des débats en donnant le sentiment que ce qui se passait ici était un banal fait divers entre « copains » et non plus un fait de Justice.

La brave journaliste présente n’y prêtait pas attention. Elle était certainement habituée des lieux et de ses pratiques. Il n’était pas même certain qu’elle ait, à un moment où à un autre de son activité professionnelle, noté cette caractéristique du comportement du directeur des travaux qui rend la pratique de la Justice étrange aux yeux des passants.

* Justice, la bombe à retardement. Dans les coulisses du tribunal de Bobigny – Oilivia Recasens, Jean Michel Décugis et Christophe Labbé, édition Robert Laffont