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THEO: les pratiques habituelles de dénigrement de « crimes » policiers par les policiers

Par Yves Dumas

Les développements de l’affaire Théo à Aulnay-sous-Bois révèlent les pratiques classiques des policiers pour dénigrer les victimes et soutenir des policiers qui ont violés les engagements de la police. Ces pratiques corporatistes sont à la base du rejet des policiers par la population sauf par ceux qui y trouvent encore un soutien pour rejeter pêle-mêle émigrants, chômeurs, homosexuels et tout le cortège des exclus des biens pensants, ou encore par ceux qui rejettent systématiquement la Police et les policiers.

Un rapport de l’IGPN qui va au delà de simples conclusions:

Le rapport de l’IGPN est sidérant en ses conclusions:

L’analyse des divers éléments recueillis lors de cette enquête établissait que si le geste du gardien de la paix C. avec sa matraque était à l’origine de la blessure de M. Luhaka à l’anus, l’élément intentionnel pouvant caractériser le viol n’était pas établi.

Il confirme malgré tout qu’il y a eu pénétration donc « viol », si un viol n’est pas nécessairement intentionnel.

Heureusement, le rapport ne remet pas en cause la pénétration confirmée par le premier certificat médical:

la présence d’hématomes et plaies superficielles au niveau du visage, mais également un prolapsus rectal modéré avec une probable perforation du rectum, nécessitant un passage au bloc opératoire en urgence.

puis par un second certificat médical, établi à l’issue de l’opération chirurgicale:

une large plaie de l’hémi-circonférence droite de la marge anale avec section traumatique complète du muscle sphinctérien, et une plaie sur 10 cm de profondeur du canal anal et du bas rectum, en continuité et sur le trajet de la lésion sphinctérienne.

Comment en est-on arrivé à cet acte ?

En reprenant le texte du rapport de l’IGPN nous notons:

Ramené au commissariat pour être placé en garde à vue, Théodore Luhaka, présentant « un important saignement au niveau du postérieur »

ce qui atteste que la plaie était récente et, pour que le saignement soit important, il est évident qu’il n’avait pu qu’être provoqué par un acte immédiat.

Ce qui est également important au regard de la blessure et qui confirme son immédiateté c’est la phrase suivante du rapport:

Arrivé au commissariat, en raison des douleurs, il ne pouvait s’asseoir, et était allongé au sol .

Et le rapport de préciser également :

Des traces rougeâtres seront relevées près du muret où s’est déroulée l’interpellation, au milieu de bris de verre résultant de jets de bouteilles, de même que sur la banquette arrière du véhicule ayant servi à ramener Luhaka au commissariat.

Nier la pénétration est donc impossible pour l’IGPN.

Restait donc à l’IGPN à relier cet acte à une action du policier :

Le gardien de la paix C. était vu faisant un mouvement horizontal avec son bras droit porteur de la matraque, en direction et à hauteur du bas du dos du nommé Luhaka. Consécutivement à ce geste, celui-ci se retournait brutalement, recevait une gifle à la tête du fait de H., puis se laissait tomber au sol. Un visionnage plus précis de cette scène permettait de constater qu’au moment de la rotation de M. Luhaka, un mouvement du tissu de son caleçon était perceptible et laissait apparaître une marque sombre pouvant correspondre au trou constaté sur ce vêtement lors des constatations. Dans le même temps, un trait blanc, pouvant correspondre au corps d’une matraque, apparaissait furtivement au niveau de la fesse gauche de l’interpellé, trait blanc réapparaissant ensuite dans la main du gardien de la paix C.

Voilà donc le lien entre le tonfa et la blessure, donc la désignation du coupable.

Y a t’il eu intention ou non ?

Seul le policier peut répondre face à un tel acte furtif ou, pourquoi pas, la balistique, pour expliquer comment une frappe horizontale au niveau des jambes peut finir par pénétrer l’anus qui, chez un homme debout, se situe verticalement et chez un homme assis (dessus) est difficile d’accès.

L’IGPN suggère donc que c’est parole de policier contre parole de « délinquant ». La fin de la conclusion du rapport est donc déplacée selon nous:

l’élément intentionnel pouvant caractériser le viol n’était pas établi.

Il serait plus juste et préférable de dire, par exemple, que les informations réunies ne permettent pas de qualifier l’acte, ce qui semble plus correct au regard des éléments connus du rapport.

Ce que confirme le rapport de l’IGPN c’est qu’il y a bien eu blessure provoquée par le tonfa et que cette blessure est liée directement à l’interpellation de « l’individu ». Personne ne note  la présence sur les lieux d’individus ayant soumis Théo à des actes de torture afin de lui soutirer des aveux quant à une collaboration éventuelle avec la police. Dans le cas contraire il y aurait potentiellement eu non-assistance à personne en danger.

Paroles de syndicats policiers trop pressés:

Dans de telles situations (Sivens, Drancy….) le corporatisme syndical se met en place rapidement pour ne pas dire immédiatement. Sans avoir été présent sur les lieux un syndicaliste SGP-FO qualifie le viol d’improbable. Pourquoi improbable puisque si la probabilité qu’il se produise est nécessairement infime elle existe à chaque intervention ?

Alliance se joignait au récital quelques jours plus tard jusqu’au moment ou le policier Bamboula de SGP-FO dérapait et décrédibilisait un peu la parole syndicale avec son

bamboula, ça ne doit pas se dire mais ça reste à peu près convenable.

lors de l’émission C dans l’air sur France 5 consacrée ce 9 février.

Paroles loupées des syndicats de policiers (SGP-FO et Alliance) mais paroles qui restent tout de même.

Parole troublante d’un policier d’Aulnay:

Un PV troublant, rédigé par un brigadier d’Aulnay daté du 03 février fait subitement son apparition. Ilrapporte des actes de viol et de torture entre trafiquants de drogue, a été remis au commissaire dès le lendemain de l’affaire Théo. Ce qui est troublant c’est qu’il est daté du lendemain des faits et rapporte des propos entendus quinze jours plus tôt. C’est là une pratique coutumière et malsaine pou jeter la suspicion sur une plainte en laissant à penser que l’individu était peut être dans cette situation. Il y a trop de coïncidences dans cet écrit. Daté du 03 février il relate des faits du 15 janvier :

Dimanche 15 janvier 2017, j’étais de ronde et patrouille anti-criminalité dans le secteur du quartier de la Rose-des-cents et plus particulièrement sur le point de revente régulier de la place Jupiter .

Vu l’urgence de l’information pourquoi celle-ci n’a t’elle pas été délivrée plus tôt ?

(trois gardiens de la paix qui l’accompagnaient sont cités (et qui seraient donc en mesure de confirmer ce témoignage) dans le document )

et l’on voit là le corporatisme se mettre en place pour sauver le policier.

Et le bouquet final qui peut suggérer que … :

Ainsi, les trois individus m’ont indiqué qu’un certain nombre d’individus travaillant sur ce point avait été soumis à des actes de torture afin de leur soutirer leurs aveux quant à une collaboration éventuelle avec la police. J’ai reçu alors la précision que les individus, pour qu’ils avouent, étaient copieusement fouettés et sodomisés à l’aide d’un manche à balai

eh oui, que Théo était de ceux-là. Peut être pire encore que le viol venait juste de se produire et que c’est pour cela qu’il « saignait du fion » selon les propos de l’un de ses « tortionnaires ».

Par contre il ne semble pas que les quatre policiers aient notés de tels actes juste avant les faits de violence sur Théo.

Et comme d’habitude pour faire « policier » :

Rédigé à toutes fins utiles.

Plus téméraire encore le brave brigadier aurait pu écrire : « rédigé à toutes fins utiles avec retard mais à propos ».

Paroles lancées en pâture à l’opinion même et surtout si elles n’ont rien à voir avec le viol:

Et soudain, sans que l’on sache d’où cela vient, une enquête préliminaire pour suspicion d’abus de confiance et escroquerie ouverte en juin à Bobigny fait son apparition. Elle porte sur une « suspicion d’abus de confiance et escroquerie » liée au fonctionnement trouble d’une association de prévention et d’entraide créée par la famille à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et sur l’utilisation de centaines de milliers d’euros de fonds publics.

Il est judicieusement rappelé que cette enquête confiée au service départemental de la police judiciaire (SDPJ) de la Seine-Saint-Denis, ne remet pas en cause les violences policières présumées subies par Théo. Heureusement, mais ….

Théo lui-même faisait partie des salariés de l’association créée par (son) frère Mickaël.

Et voilà, la suspicion est jetée malgré la mise en garde car cette affaire remonte à fin juin 2016 et avait commencé courant 2015. Et pour enfoncer le clou de rajouter que Théo aurait reçu  52 000 € de rémunérations pour lui seul.

Pourquoi cette affaire est-elle devenue si précipitamment publique à ce moment là avec autant de détails ?

Qui a lâché de telles informations dans la presse à ce moment là ? Car c’est ce qui ressort de l’affirmation suivante:

Dans les affaires financières, il y a deux méthodes, observe un policier spécialisé. Soit on entend les protagonistes au début, comme dans l’affaire Fillon, et puis on déroule l’enquête derrière. Soit on les entend à la fin une fois les investigations terminées.

puisque le Parquet avait choisi la seconde option Qui d’autre que des policiers a fait fuiter cette information dans la presse et dans quels buts ?

Toujours paroles contre paroles. En d’autres termes quelqu’un voudrait-il faire penser qu’à ce prix là un coup de tonfa mal placé est « concevable » chez ces gens là.

Paroles du bon Serge:

Un policier d’Aulnay-sous-Bois dénonce les dérives de ses collègues

Le comportement de cette fine équipe de policiers d’Aulnay réveille la parole oubliée de certains de leur collègues du commissariat :

Si le viol est avéré, il faut qu’ils prennent 20 ans ferme ! Que les jeunes n’aient pas l’impression que les policiers bénéficient de passe-droit. Qu’on puisse repartir dans la rue faire notre métier sereinement.

Nous entrons là dans Parole contre Parole de flic.

Il rappelle que les pratiques des policiers d’Aulnay sont depuis passées au crible par l’IGPN qui a entendu des dizaines d’entre eux. et que certains  antécédents fâcheux ont été exhumés.

Il revient sur l’affaite Théo:

Nos collègues avaient le droit d’interpeller Théo, ils avaient un motif légitime, croit savoir Serge. Mais pas le reste…

L’agent raconte la mare de sang – découverte une fois la housse enlevée – qui avait imprégné la mousse de la banquette arrière du véhicule de la BST. Sans émotion il évoque les auteurs présumés du viol et des violences:

L’équipe qui est mise en cause dans cette histoire, cela fait des années qu’elle fait ça… J’ai vu et entendu des officiers de police judiciaire passer leur temps à leur dire d’y aller moins fort. C’étaient vraiment des habitués. Dès qu’ils sortaient du commissariat et qu’il n’y avait plus d’autorité derrière eux, ils s’imaginaient être les maîtres dans la rue. Ils faisaient ce qu’ils voulaient, quoi ! Le plus vieux, il n’avait que sept ans de police. On les a un peu lâchés dans la nature

Et de poursuivre:

Ils aiment se battre, casser des gens. C’étaient toujours les premiers à se ruer dans les cellules lorsqu’un gardé à vue pétait un plomb ou se rebellait. L’un d’eux, un brigadier, était particulièrement violent. Je l’ai vu avoir des gestes déplacés au poste, menacer des hommes menottés au banc : ‘‘Toi, on va t’éclater !” Et, à chaque fois que des jeunes se plaignaient, c’était cette équipe-là.

Jusqu’à ce témoignage, seuls les jeunes des 3 000 présentaient le quatuor de la BST comme des auteurs de violences renouvelées.

Paroles de Politiques

Toujours la même litanie du côté des « politiques » avec des déclarations les extrêmes habituelles :

les déclarations habituelles du FN avec:

  • Marine Le Pen:

Mon principe, c’est d’abord je soutiens les forces de police. Voilà. Et de gendarmerie. Sauf démonstration par la justice qu’elles ont commis un délit ou un crime”,

  • puis Philippot qui dénonce

    des violences de racailles inacceptables.

alors qu’à l’opposé nous retrouvons les mêmes habitués:

  • Mélenchon:

    L’affaire Théo est le scandale de trop », dénonce le représentant de La France insoumise et espère que justice soit faite « dans des délais raisonnables », contrairement à « l’affaire de Zyed et Bouna ».

  • Jadot remercie Théo:

    d’avoir le courage de raconter cette nouvelle et insupportable violence policière.

et pour ceux qui pratiquent la banlieue:

  • le maire d’Aulnay:

    « indignation » et  « écœurement devant ce qui s’est passé ».

  • le maire de Meaux:

    Si les faits sont avérés c’est monstrueux.

  • Rama Yade:

    Ca me donne envie de chialer.

Ne parlons pas du Ministre de l’Intérieur qui :

Je réaffirme ma confiance dans la justice pour établir les responsabilités et qualifier les faits.

Nous sommes toujours confrontés au langage chloroformé des hommes politiques au pouvoir. Nous sommes désolés de dire que la Justice n’y peut rien, elle définit les règles. N’invoquez plus la justice, invoquez les magistrats et donnez leur les moyens de faire leur travail, non seulement en terme d’effectif, mais en terme d’indépendance à l’égard du pouvoir et des la police.

Il est bon de rappeler qu’aucun des candidats à la présidentielle  n’aborde la réforme des institutions judiciaires et policières dans leurs programmes pour les prochaines élections.

Conclusions:

Beaucoup des plaintes pour des violences policières jugées illégitimes n’aboutissent donc pas à un procès, et encore moins à une condamnation de policiers. Dans le rapport de l’IGPN de 2015, on apprend notamment que:

sur les 129 enquêtes transmises, 37 ont fait l’objet d’un classement (28,7%) tandis que 8 ont donné lieu à des poursuites judiciaires […], les autres suites n’étant pas connues».

Ces enquêtes n’incluent pas seulement des violences qui représentent tout de même 40% des infractions. Il est difficile d’évaluer précisément l’ampleur des violences policières, et encore moins leur taux de condamnations. Ces chiffres se heurtent à la frilosité des magistrats à condamner des policiers. Ces comportements conduisent inévitablement à un «sentiment d’impunité» de la part des policiers. Ceci est regrettable car  ces comportements sont de toute évidence le fait d’une très faible minorité de policiers qui nuisent ainsi à l’image de la grande majorité des autres. Le comportement des syndicats ajoute encore au sentiment d’impunité. Le risque pour l’institution policière est que cette image d’intouchables fasse tache d’huile autour des Ripoux comme nous l’avons montré dans le cas de L’Internaute de Tours. Nous poursuivons notre enquête sur ce que sont devenus les policiers véreux impliqués dans cette affaire.

Demander la justice pour Théo c’est demander la justice pour chacun de nous. C’est demander que la justice soit rendue sur les preuves. C’est demander aux politiques qu’ils mettent fin aux manœuvres des policiers et de leurs syndicats pour dénigrer les victimes ou encore plus fréquemment pour influencer les décisions des juges. Les hommes politiques doivent aussi changer de langage et prendre leurs responsabilités dans ce débat.

DERNIERE MINUTE, VIOLS POLICIERS: la jurisprudence avance !

Par Michel Engelmann,

Le tribunal de Bobigny qui jugeait ce jour du « viol présumé » d’un jeune homme par un policier en 2015, à Drancy, vient de demander la requalification des faits commis pendant cette interpellation. Les faits devraient conduire à une comparution du policier devant les assises pour viol.

Les parties,et surtout le parquet, ont dix jours pour faire appel de cette décision.

Si le parquet ne fait pas appel, il doit ouvrir une information judiciaire pour viol, instruction qui sera confiée à un juge d’instruction.

Me Marie-Cécile Nathan, qui avait estimé dès le début de l’affaire que les faits relevaient des assises et non du tribunal correctionnel déclarait:

C’est une décision qui est juste, importante, et que nous attendions.

Viol ou pas viol, nous pouvons oublier le viol alternatif mais nous devons rester vigilant.

SARKOZY : une prestation peut être nécessaire mais dangereuse pour les « hommes politiques » et pour l’image de la justice ?

Par Michel Engelmann

Qu’un homme se défende, il n’y a là rien de plus normal.

Qu’un ancien président de la République se défende, il n’y a là rien de plus normal. Monsieur Sarkozy est « un citoyen comme un autre », avec quelque chose en plus.

Donc sur le fond la réplique de Monsieur Sarkozy est tout à fait acceptable.

Qu’en est-il sur le contenu ?

Entrée en matière :

Il est particulièrement regrettable qu’un citoyen comme un autre (avec quelque chose en plus) considère sans plus de justification que cette action menée par la justice à son encontre relève de :

« l’instrumentalisation politique d’une partie de la justice aujourd’hui ». 

sans plus de preuves.

Comme tout citoyen dans ce genre de situation (sans rien de plus), le présumé innocent juge inévitablement que cette situation est un mauvais vécu :

« Tout est fait pour donner une image de moi qui n’est pas conforme à la réalité, déplore-t-il. Dans notre pays, pays des droits de l’homme […], les Français doivent […] juger de ce qu’il en est. […] »

Pour conclure sur ce chapitre, comme ont l’habitude de le dire les policiers, avant d’être coupable tous les prévenus affirment la même chose :

« Je n’ai jamais commis un acte contraire aux principes républicains ou à l’Etat de droit. Il était venu le temps pour moi de m’expliquer. »

L’arroseur arrosé :

Ces dernières années ont vues magistrats et policiers user, voire abuser, de la garde à vue. Certains ministres de l’intérieur, voire même certains présidents, n’ont pas découragés ce qui est apparu comme un abus du pouvoir, une quête de l’aveu au détriment de la recherche des preuves.

Qu’un ancien président de la République en fasse les frais est fort dommageable.

Qu’un ancien ministre de l’Intérieur qui en a usé en subisse les effets relève de l’arroseur arrosé et devrait donner à réfléchir sur l’abus de ces pratiques.

Des propos et un comportement dommageable pour la crédibilité d’un avenir plus radieux de la justice en France :

Est-ce qu’un jour le système judiciaire français pourra fonctionner de façon « indépendante » ?

Lorsque l’on dit indépendante c’est en toute indépendance du pouvoir politique en place.

Voilà la question qui taraude bon nombre de citoyens !

Les propos des uns et des autres ne sont pas de véritables gages de réussite.

En se défendant tous azimuts Mr Sarkozy n’apporte pas beaucoup de garanties personnelles pour cet avenir d’indépendance :

« Mme Taubira, garde des sceaux, sur le plateau de M. Bouleau, a été convaincue de mensonge lorsqu’elle a dit : “Je n’ai jamais eu connaissance des écoutes des conversations de monsieur Sarkozy.” Vous avez prouvé qu’elle avait menti. »

« Vous savez comme moi que M. Valls a menti lorsqu’il était ministre de l’intérieur. D’ailleurs, je suis très étonné. Ce matin même, monsieur Valls dit : “Les faits qui sont reprochés à NicolasSarkozy sont très graves.” Mais qu’en sait-il ? »

« Quant à monsieur Hollande, ses collaborateurs se sont livrés à une exploitation éhontée de mes archives, en violation de toutes les règles républicaines, qui ont été consultées sans que l’on m’en demande l’autorisation, distribuées à toute personne qui les voulait. »

puisqu’il nous laisse à entendre que le Président de la République actuel et deux de ses ministres auraient le même comportement que le sien.

Par ailleurs le fait de s’en prendre à l’une des deux magistrates qui l’a mise en examen en lui reprochant son appartenance au Syndicat de la magistrature :

« Quel justiciable aimerait avoir un magistrat dont l’obsession politique est de détruire la personne en face de lui ? »

serait d’autant plus regrettable que ce ne serait pas entièrement exact.

Alors qu’il

« … ne demande aucun privilège »

« …ne demande aucun avantage particulier. »

« …ne demande aucun droit particulier. »

il s’interroge :

« Est-il normal que je sois placé en garde à vue pendant quinze heures sous la surveillance, d’ailleurs, de policiers qui ont remarquablement fait leur travail, à qui, bien sûr, je n’ai rien à reprocher. Mais ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges ? »

« Devais-je absolument avoir rendez-vous avec les deux dames qui m’ont donné rendez-vous à 2 heures du matin cette nuit, après quatorze heures d’interrogatoire par les policiers ? »

de sorte que l’on se demande pourquoi, sans aucun privilège, il serait traité différemment des autres citoyen (même avec quelque chose en plus).

Il faut dire que nos ministres en exercice ne nous ont pas encouragés dans cette voie :

  • « Je n’ai jamais eu connaissance des écoutes des conversations de monsieur Sarkozy » alors qu’elle brandissait un courrier qu’une simple saisie d’écran permettait de lire (Mme Taubira)
  • « Les faits qui sont reprochés à Nicolas Sarkozy sont très graves » donnant à penser qu’il était parfaitement informé des faits (Mr Valls)

Enfin, la seule phrase qui revienne dans les propos du Président de la République en fonction :

« laissons la justice faire son travail »

est si semblable à celles de son prédécesseur que nous ne voyons pas poindre d’amélioration pour l’avenir du système judiciaire en France.

Conclusion :

La solution n’est certainement pas dans des choix émotionnels du genre d’interdire toute appartenance des magistrats à des syndicats. Nos femmes et hommes politiques devraient éviter de s’en prendre continuellement aux autres pour se justifier.

Mesdames et Messieurs les magistrats doit-on vous dire ce que vous devez faire ?

Ministère de  la JuticePar Michel Engelmann

Suite au jugement de Draguignan qui a relaxé le gendarme qui a tué de sept balles un gitan menotté un autre gendarme va comparaitre devant la justice pour « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Dans la nuit du 16-17 juillet 2010 un jeune gitan de 22 ans recherché pour un vol de 20 euros, avait été tué par balle lors d’un contrôle dans des circonstances controversées à Thésée-la-Romaine, au terme d’une course-poursuite après un premier contrôle.

L’affaire en soit n’est pas exceptionnelle puisque, pour un motif quoique bien différent, des gendarmes peuvent rendre compte de leurs actes devant la justice, même s’ils peuvent être relaxé pour avoir «  agi conformément à ce qui (leur) a été enseigné ».

Là où l’affaire du Loir-et-Cher prend une tournure différente de celle de Draguignan c’est par l’annonce faite par le Ministre de l’Intérieur à savoir : « Je tiens à manifester publiquement mon soutien moral et matériel à ce militaire aujourd’hui dans l’épreuve, à sa famille ainsi qu’à ses 97.000 camarades de la gendarmerie nationale ».

Que veut donc nous dire Monsieur le Ministre ? Doit-on prendre son « soutien moral et matériel » comme une garantie que quoi qui se passe le brave gendarme a son présent et aura son avenir assuré ? Doit-on comprendre que Monsieur le Ministre prend cet engagement en regardant les 97000 autres gendarmes et sa famille à témoin ?

Ou bien doit-on comprendre que Monsieur le Ministre indique clairement que là aussi le gendarme «  agi conformément à ce qui (lui) a été enseigné ».

Gageons que la hiérarchie sera sur place et que les juges se sentiront à libre d’exercer la Justice !

Monsieur le Ministre vous a mis en mauvaise posture Mesdames et Messieurs les Juges

Grenoble : un Grand pas pour la Justice et un petit pas en arrière vers le système sécuritaire vers lequel nous avancions à grandes enjambées.

GrenoblePar Michel Engelmann

La cour d’Appel de Grenoble a confirmé le 16 septembre  le placement sous contrôle judiciaire de celui que certains voulaient placer en détention provisoire, confirmant ainsi la décision en date du 02 septembre du juge des libertés.

Les trois juges étaient devant un simple dilemme : sur la base des éléments disponibles soit confirmer la décision de leur collègue soit répondre favorablement aux pressions multiples et surtout de l’establishment policier (syndicats et ministère en tête). Dans le premier cas cela pouvait être perçu comme un acte de rébellion et dans le second comme un acte de soumission.

L’arrêt rendu par la cour est direct : « les critères légaux» justifiant le recours à la détention provisoire «ne sont pas suffisamment établis».

Selon le Figaro, « les juges ont estimé … que «si un faisceau de coïncidences troublantes permet de penser que [le prévenu] pourrait avoir commis les faits», il n’y a pas de «certitude ou quasi-certitude quant à sa participation».

L’accusation s’appuyait sur des appels anonymes ou écoutes téléphoniques dénonçant le prévenu ou faisant référence à son surnom. Elle s’appuyait également sur une analyse de la voiture ayant servi au braquage. Elle n’a révélé ni sang ni empreintes ni ADN, mais « une «odeur», identifiée comme sienne par deux chiens de la police scientifique ».

Dans une décision courageuse qui pourrait être perçue comme une provocation les trois juges soulignent que l’enquête policière a été « handicapée par le manque de temps et les pressantes sollicitations à interpeller rapidement le complice en fuite».

Bien au-delà des conclusions de l’avocat du prévenu, Maître Denis Dreyfus, qui a salué un signe de «l’indépendance de la justice», ou encore des commentaires des syndicats de magistrats qui saluent cette décision de façon unanime, ce 17 septembre est un Grand pas pour la Justice et un petit pas en arrière vers le système sécuritaire vers lequel nous avancions à grandes enjambées.

Tarnac et l’Internaute de Tours : crimes policiers et judiciaires. D’une manipulation d’Etat à une malversation provinciale.

CoupatPar Michel Engelmann

Dans un article daté du 03 septembre 2010 Erich Inciyan de Mediapart fait le point sur l’affaire Tarnac et la résume dans un titre éloquent : « Tarnac : la police antiterroriste avoue une « erreur et des distorsions ».

Dans la discrète affaire de l’Internaute de Tours c’est le juge lui-même qui conclut : « En l’état, sans qu’il soit besoin d’aller au fond du débat sur l’intention coupable et sur la matérialité de la détention de l’image, dans un domaine extrêmement délicat pour les libertés individuelles il est évident que les investigations présentent un caractère qui n’est pas incontestable techniquement et qui ouvre un espace de déstabilisation pour entrer sans faille en voie de condamnation ».

Qu’est ce qui, sur le fond, rapproche une affaire devenue affaire d’Etat d’une affaire provinciale ?

Deux réponses !

  • La détermination malveillante avec laquelle, sur « ordre », les deux affaires ont été traitées par les policiers.
  • L’obéissance et la volonté de certains magistrats d’aller jusqu’au bout des deux affaires.

La détermination malveillante des policiers :

Pour satisfaire une demande du pouvoir ou encore une vengeance personnelle des policiers n’ont pas hésités à « travestir » des informations.
Dans l’affaire de Tarnac, pour plaire au pouvoir en place, il fallait de toute évidence trouver le coupable des « attentats terroristes » contre la SNCF. La gente policière n’aura reculé devant rien comme le résume le journaliste de Mediapart. On commence tout d’abord par une « confusion » dans la transcription d’un horaire qui rend l’événement possible. On continue en signalant la présence d’un « individu piéton » sur la ligne ferroviaire à l’heure du sabotage. Comme cette information n’est pas recoupée entre les OPJ les policiers reconnaissent aujourd’hui une « distorsion de l’information ». Enfin il manquait l’arme du crime que les plongeurs de la marine n’avaient pu retrouver au fond du fleuve du fait de « fortes crues ». Imaginez-vous que quelques semaines plus tard on retrouve « les tubes … posés sur le sol, à l’horizontal, complétement découverts ».
Il ne faut pas oublier également ce que Mediapart signalait en 02 décembre 2009 : « … les policiers ont repris imprudemment à leur compte (les) «révélations» (d’un témoin sous X) dans la conclusion de leur rapport de synthèse. En effet, telles qu’elles y sont reproduites, les déclarations de l’informateur anonyme constituent à l’évidence un témoignage très à charge, prêtant notamment à Julien Coupat des intentions meurtrières. Leur mise en exergue était censée illustrer la «dérive brigadiste» dans laquelle le groupe de Tarnac se serait engagé, justifiant ainsi un peu plus l’application à son encontre de la procédure antiterroriste aujourd’hui tant contestée ».
Pour construire un coupable il n’aura pas fallu moins de 4 grosses malversations de la part les policiers, malversations qu’ils qualifient aujourd’hui d’ « erreur » et de « distorsions »

Dans l’affaire de l’Internaute de Tours, plus que vraisemblablement pour « venger » l’un des leurs, une affaire de pédopornographie sur Internet a été orchestrée de toute pièce par des policiers. Une procédure d’investigation bâclée, violée, et recommencée une seconde fois pour la seconde audience correctionnelle. Après avoir obtenu l’accès à toute l’information sur laquelle se basait l’accusation (2 ans après la saisie des disques durs) une expertise informatique est réalisée par un expert indépendant à la demande de l’Internaute. Elle montre que l’image à l’origine de toute cette affaire n’est pas sur ses disques durs et qu’aucune des 144 images que les policiers disent avoir retrouvées sur ses disques ne peut lui appartenir. L’expertise montre également que l’expert de la gendarmerie se parjure dans sa seconde expertise pour rendre le délit vraisemblable. Elle montre également que toutes les images sont issues de fichiers de la Police et de la Gendarmerie.
Pour construire un coupable il aura fallu que des manipulations soient réalisées sur le CD ROM des preuves, CD ROM auquel il était peu probable que le prévenu ait eu accès sauf à le demander, ce qu’il fit et obtint quelques jours seulement avant la première audience en correctionnelle.

L’obéissance ou la volonté de certains magistrats à aller jusqu’au bout des affaires :

Dans l’affaire de Tarnac le Juge et le Parquet considérèrent rapidement que le témoin sous X présenté avec conviction par les policiers était apparu rapidement peu crédible. Le ministère public prenait soin de ne jamais évoquer les déclarations de celui-ci. Cependant le mal était fait, la procédure était lancée, et les policiers reprenaient à leur compte ces «révélations» dans la conclusion de leur rapport de synthèse. Médiapart rapporte : « En effet, telles qu’elles y sont reproduites, les déclarations de l’informateur anonyme constituent à l’évidence un témoignage très à charge, prêtant notamment à Julien Coupat des intentions meurtrières. Leur mise en exergue était censée illustrer la «dérive brigadiste» dans laquelle le groupe de Tarnac se serait engagé, justifiant ainsi un peu plus l’application à son encontre de la procédure antiterroriste aujourd’hui tant contestée ». La pression était placée sur les épaules des magistrats et le cycle infernal commençait.
Le salut viendra de l’insistance de Mediapart et des amis des « brigadistes » à chercher la cohérence dans les informations recueillies dans le but de mettre à jour la vérité. Est-ce l’obéissance à la pression politique ou la volonté de ne pas désobéir qui aura marqué les décisions des magistrats dans l’affaire de Tarnac ? Eux seuls le savent !

Dans l’affaire de l’Internaute de Tours il y a clairement la volonté de nuire de la part des policiers et de certains magistrats. Alors que le rapport d’enquête du Commissaire principal montre que la captation d’une image peut seule être retenue le Procureur Varin maintien la qualification de détention ou tentative de détention envers le prévenu. Ceci est d’autant plus édifiant que parallèlement, en interne au système judiciaire, hors de toute information du prévenu, il maintient la captation encore un an après la qualification par le policier. Le Procureur changera la prévention « officielle » à 5 reprises en 3 ans. La diffusion à l’origine de l’affaire sera abandonnée dès les premiers jours.
Aucune pression politique n’interférera avec cette affaire qui restera banale sauf pour le prévenu. La seule pression reposera sur les épaules du Juge Michaud, tant de la part des policiers que de celle de certains magistrats. Il sera promu quelques mois plus aux Affaires de la Sécurité Sociale, rejoint plus tard par le Juge de Maillard du TGI d’Orléans.

De l’argent comme dernier rempart de la justice :

Les deux affaires illustrent bien la dépendance des magistrats vis-à-vis d’un système innommable, quand ce système n’est pas lui-même utilisé par certains policiers ou magistrats pour mener à bien des actions « personnelles ». L’affaire Viguier, l’affaire Alègre et bien d’autres encore sont là pour rappeler ces tristes abus.

Dans les deux cas l’argent nécessaire aux investigations aura mis à bas le rempart derrière lequel policiers et magistrats voulaient protéger leurs actions, au nom de la justice.