Radicalisation

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POLICE: quand le communautarisme religieux accompagne la montée du FN au sein de la police

Par Michel Engelmann,

Selon une enquête menée à la veille des élections régionales par le centre de recherche de Sciences Po, le Cevipof, 51,5% des policiers et des militaires interrogés annonçaient s’apprêter à choisir le Front national alors qu’il n’était « que » de 30% en 2012. Il est intéressant de rapprocher cette observation de celle concernant les entorses à la laïcité observées de plus en plus fréquemment dans les commissariats de police.

Les policiers et le FN:

Le rapport fait remarquer:

Le Front national attire les suffrages de l’ensemble des fonctionnaires, qu’ils soient agents de l’État, des collectivités locales ou des établissements hospitaliers. La différence observable jusqu’ici entre les salariés du public et les salariés du privé s’estompe sérieusement, ce qui conduit à relativiser l’argument selon lequel le vote FN serait la marque politique des salariés précaires ou en danger de perdre leur emploi comme des personnes peu diplômées.

Pour Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et auteur du rapport du Cevipof:

les nouveaux électeurs viennent pour l’essentiel de la droite

avec un grande nombre de fonctionnaires ayant voté pour Sarkozy en 2012, même si environ 10% des fonctionnaires ayant voté François Hollande affirment désormais se tourner vers le FN.

Au sein de la fonction publique, et tout particulièrement de la police, un net clivage se situe entre les fonctionnaires de catégorie C qui se tournent beaucoup plus vers le FN que les autres catégories et tout particulièrement les catégories A.

Luc Rouban fournit quelques explications à cette progression:

 l’offre politique du FN qui « défend désormais » les services publics, tournant le dos à son ancien discours décrit comme poujadiste.

Mais également des explications plus revendicatrices telles que le gel du point d’indice et la réduction régulière des effectifs. En fin de compte un comportement politique traduisant une insatisfaction du personnel.

Tout ceci conduirait une grande partie des fonctionnaires à

(souffrir) du décalage entre les discours sur la République et la laïcité et les pratiques du terrain où les demandes communautaires se multiplient.

Ces observations ainsi que ces constatations sont à examiner à la lumière d’un constat plus récent concernant les demandes communautaires dans la police.

La radicalisation au sein de la police:

Ces phénomènes sont assez limités mais ils inquiètes tout particulièrement après les évènements de novembre 2015. Ils se traduisent par la diffusion de chants religieux en patrouille, le refus de participer à une minute de silence ou de protéger une synagogue. Sur Facebook des incitations à commettre des attentats ont été observées.  Tout ceci illustre une progression certes limitée mais préoccupante du fondamentalisme religieux au sein de ceux qui sont censés nous protéger.

Aujourd’hui ces comportements ne malmènent plus seulement le principe de laïcité; ils posent de réels problèmes de sécurité. Ces fonctionnaires de police sont, au même titre que les autres, équipés d’une arme de service et ont accès à la plupart des fichiers de police.

Ces incidents commencent à mobiliser les services de renseignement. La préfecture de police de Paris a mis en place un recensement hebdomadaire de ces comportements.

Ces comportements semblent concerner une population assez jeunes parmi les policiers

Ces comportements sont souvent le fait de fonctionnaires assez jeunes, entrés en tant qu’adjoints de sécurité depuis les années 2000. Après avoir passé le concours interne ils sont devienennt policiers à part entière, gardiens de la paix ou brigadiers. Aucun cas ne concerne les échelons supérieurs de la hiérarchie, officiers ou commissaires.

Tout comme pour l’attraction du FN ces comportements concernent donc essentiellement la catégorie C de ces fonctionnaires.

Les plus gros dérapages ont eu lieu sur les réseaux sociaux et  l’un d’eux a conduit son auteur devant la justice.

La plupart des incidents concernent l’exercice de la religion musulmane au sein des commissariats ou encore les signes extérieurs de religiosité, comme l’habillement. Les femmes sont impliquées dans environ un tiers des affaires faisant montre d’une détermination plus marquée que les hommes. Quatre affaires recensées concernent des convertis à l’islam.

Est-ce un effet générationnel ou une réaction du même type que celle qui conduit ces fonctionnaires vers le FN, c’est à dire une démarche en réaction ?

Remarques:

Le rapport du Cevipof montre que la fonction publique hospitalière est elle aussi concernée par la progression du vote frontiste. Il en est de même, des professeurs des écoles (9,8%) et des enseignants du second degré (9,2%).